Témoignage de Christelle Guiraud

Calliste et Samuel ont intégré Mana en septembre 2018. Ils évoluent depuis aux grès de leurs envies et de la dynamique du groupe.  Qu’en est-il, aujourd’hui après 8 mois dans cet environnement ?

Je me réjouis qu’ils puissent librement passer 3h à monter un circuit électrique intégrant un capteur de présence, sans aucune direction des adultes ; que tous les 15 jours ils découvrent au Jardin de l’îlot comment des graines mises en terre poussent à leur rythme, comment s’opèrent la cueillette et enfin qu’ils dégustent avec plaisir et envie des pousses de mâches ou d’autres herbes jamais goutées avant ; que dès leur arrivée ils se lancent dans une discussion sur comment la poule digère ses aliments puisqu’elle n’a pas de dents ou enfin qu’ils créent suite à l’idée de l’un deux, un vrai spectacle musical digne d’un groupe de musique !

Bien sûr, ces activités entreprises ne sont que quelques exemples parmi d’autres. A travers cette diversité d’actions, les enfants utilisent des façons de communiquer, des façons d’aborder le savoir et de se connecter à lui. Ils font cela car ils en ont besoin à un moment donné pour mener à bien leur projet. Ainsi ils développent une capacité de « travail » incroyable car ils sont ultra motivés ! Et c’est comme cela qu’ils vont apprendre : à lire, à écrire, à compter, à nommer le monde, à décrire des pensées abstraites, à échanger avec les autres, etc. Nous observons tous –en tant que parents- cette facilité des enfants de faire une chose lorsqu’ils en ont envie : par exemple mettre ses chaussures sa veste et son bonnet à toute vitesse quand ils veulent aller jouer dehors. À l’inverse, si on leur demande cela dans un moment où ils ne sont pas disponibles et ne veulent pas sortir… cela devient très pénible d’obtenir d’eux une collaboration !  C’est la même chose lorsqu’il s’agit d’apprendre. Les apprentissages se feront plus facilement (sans douleur, sans échec) si les enfants apprennent parce qu’ils en ont besoin et envie.

La question suivante est alors fondamentale : auront-ils besoin d’apprendre ce que nous pensons qu’il est bon qu’ils apprennent ? Auront-ils besoin de savoir les tables de multiplication à l’âge de 8 ans ? Auront-ils besoin de savoir faire une division à 4 chiffres à 12 ans ? Auront-ils besoin de savoir tous les sons que forment les mots à 6 ans et demi ?

C’est ici même, à ce point précis, que les parents iront en profondeur : en mettant nos enfants dans des structures qui proposent une pédagogie de libre apprentissage, il faut au préalable avoir intégré l’idée que chaque personne – y compris un enfant- est capable de savoir ce qu’il est bon pour elle. Et les enfants font cela de façon encore plus spontanée que les adultes !

Un enfant peut écrire en faisant des fautes d’orthographes jusqu’à l’âge de 16 ans… mais si soudainement il comprend qu’il a besoin de ne plus faire ces fautes, car il veut entrer dans une université de lettre ou qu’il veut publier ses écrits de Science Fiction; alors il trouvera la motivation pour apprendre les règles de grammaires et d’orthographes. Et il le fera vite et bien… sans avoir souffert des années durant.

C’est un travail de tous les jours que de se sentir à l’aise avec cette confiance que l’on doit accorder à son enfant. Je suis souvent rattrapée par des questions du type : mais fait-il actuellement des progrès en lecture ? ou Pourquoi ne s’intéresse-t-il pas aux lettres ? Serait-il capable de faire un petit exercice de math du niveau scolaire auquel son âge correspond ? Se défaire de ces pensées est possible en travaillant la confiance accordée à nos enfants.

A Mana les enfants sont guidés par leur motivation. Parfois, perturbés par cette nouvelle donnée qu’ils peuvent ne pas vraiment avoir expérimentée, ils sont en proie à l’ennui. Calliste peut dire « je m’ennuie » et cela de façon récurrente. Pourtant, à Mana, il va apprendre à se centrer sur ses envies, à les reconnaître, à les faire naître, à les entreprendre. Albin est là pour stimuler et donner envie si besoin. Il va trouver sa zone de confort, son espace de confiance et de connexion à lui-même pour savoir ce qui lui fera vraiment plaisir d’entreprendre. J’aime que mes enfants puissent dès maintenant apprendre cette chose fondamentale de savoir ce qui les motive, pourquoi (est-ce vraiment ce qu’ils veulent ?) et comment ils vont le mettre en œuvre. C’est fondamental pour développer une vie qui a du sens ! 

Une chose précieuse aussi à Mana est le dialogue qu’Albin et Cécile proposent aux parents, autour du développement des enfants. Permettre d’exprimer et de confronter les analyses que font les parents ou les enseignants de l’enfant, se sentir à l’aise pour exprimer (auprès d’Albin et Cécile ou de son enfant) ses peurs ou ses questionnements quant à la pédagogie mise en œuvre, établir une résonnance entre la maison et l’école, être sincère avec ce qu’on dit à l’enfant, être sincère sur les ressentis et les capacités de réactions de chacun : tout cela est possible grâce à une disponibilité le matin et le soir, mais aussi et surtout lors des entretiens réguliers au cours de l’année (au minimum 4 dans l’année).

Enfin une chose qui a beaucoup de valeur pour moi : les enfants développent à Mana leur capacité de compréhension d’une bonne communication avec autrui. La relation à l’autre, la bienveillance, le respect, la façon d’exprimer, la capacité à nommer ses émotions et ses besoins dans la relation … cet ensemble de chose que l’on pourrait regrouper sous le terme de « savoir être » est au cœur des échanges entre les personnes de l’école (enfants et/ou adultes). Lorsque Calliste et Samuel auront acquis ces outils précieux, par l’usage qu’ils en font au quotidien à Mana, ils pourront aller dans la vie, s’enrichir de chaque rencontre qu’ils feront, se protéger des souffrances que les attaques des autres pourraient provoquer, partager leurs envies et leur créativité.

Venez nous rejoindre, nous parents enfants et enseignants de Mana, afin que ce groupe de personnes soient plus grand, et donc plus riche, plus fécond, et ainsi encore plus positif pour chacun !

Christelle, maman de Calliste et Samuel

le 10 avril 2019